Association des Patients Sclérodermiques de Belgique Téléphone: +32 (0) 69 77 70 19 Email: info@sclerodermie.be

RETOUR DE LA GOUTTE      


Vers un retour de la goutte?
La goutte était une maladie courante il y a encore une soixantaine d'années. Non pas qu'elle ait disparu, mais les traitements ont tant évolué que nous pouvons avoir l'impression qu'elle n'existe plus. Il n'en est rien.
Elle s'était presque fait oublier, reléguée au rang des maladies historiques. Mais loin d'avoir disparu, la goutte revient en force. Jadis baptisée «maladie des riches» voire des rois parce que survenant chez les «bons vivants», ce rhumatisme inflammatoire est en augmentation dans la plupart des pays du monde. Et après des décennies d'indifférence, la recherche redevient très active.
Un phénomène confirmé
Dans les pays industrialisés, la goutte est de loin le rhumatisme inflammatoire le plus fréquent: 1% à 2% de la population seraient concernés, plus de 600.000 personnes en France. Les hommes, surtout âgés, sont les principales victimes, alors que les femmes sont relativement protégées par leurs oestrogènes.
Toutes les études épidémiologiques sont concordantes, la fréquence de la goutte grimpe en flèche. En Grande-Bretagne, elle est passée de 0,3% à 1% entre 1970 et 1990. Aux Etats-Unis, le taux a doublé (de 2,1% à 4,1%) en moins de dix ans chez les hommes de plus de 75 ans. Le record mondial serait détenu par la Nouvelle-Zélande, avec près de 15% de
goutteux parmi les Maoris de sexe masculin, deux fois plus qu'à la fin des années 1950.

En quoi ça consiste?
C'est l'urée ou plus exactement un taux d'acide urique trop élevé (supérieur à 0,08g/l pour une crise aiguë) par rapport
à la normale qui provoque ce que l'on appelle une crise de goutte. Ce sont les purines, des substances provenant de la dégradation de certaines protéines, qui entraînent la formation de cristaux.
Lorsque la goutte se déclare, et que le taux est donc anormal, cela signifie soit que votre corps en produit trop soit qu'il ne parvient pas à l'éliminer convenablement. Dans les deux cas, cet acide qui reste bloqué dans l'organisme se transforme en petits cristaux et reste donc stocké un peu partout.

Pourquoi est-ce douloureux?
Le problème est qu'en fait ces cristaux se déposent fréquemment sur les articulations qui deviennent alors logiquement douloureuses': gros orteil, ainsi que toutes les articulations de la jambe et du bras en sont souvent les victimes. C'est la raison pour laquelle la goutte est située dans la famille des maladies arthritiques. Si la douleur touche plusieurs articulations, il s'agit alors de polyarthrite goutteuse. Il peut arriver plus rarement que les cristaux se fixent sur des «'tissus mous'» ou des organes, en particulier le rein. Cela forme des bosses sous la peau, comme des nodules qui sont en fait les dépôts de cristaux. Il faut se soigner car ces bosses, dénommées tophi, provoquent des déformations. Si les dépôts touchent les reins, comme cela arrive dans une partie des cas, la crise de goutte prend la forme de coliques néphrétiques, avec la spécificité que ces cristaux ne sont pas visibles à la radio. L'atteinte des reins est bien entendu plus grave que la crise de goutte traditionnelle du gros orteil.

Les symptĂ´mes
Il existe parfois des symptômes avant que la crise ne survienne': fatigue, état quasi grippal, maux de tête, fièvre. Les articulations touchées sont en général enflées, enflammées, un peu rouges, très sensibles et douloureuses. Il est impossible de marcher lorsque c'est l'orteil qui est atteint, comme cela est souvent le cas, ni même de sentir le poids du drap.


Les causes
Parfois, un lendemain de fête peut provoquer la crise (forte consommation d'alcool). Une grande fatigue musculaire, ainsi qu'un régime mal équilibré également. Il peut aussi arriver qu'une intervention chirurgicale puisse en être à l'origine. Il arrive que la maladie soit en partie familiale. L'alcool est également un des facteurs qui peut provoquer ce problème. Certains aliments comme les fruits de mer, le foie ou des boissons diurétiques, ainsi que certains médicaments (diurétiques et médicaments contre l'hypertension, l'aspirine aussi). Enfin dans des cas évidemment rarissimes, les accidents vasculaires cérébraux, les crises cardiaques ainsi que certaines interventions peuvent provoquer une crise de goutte.

Les cibles
En général, les hommes entre 30 et 50 ans et les femmes, mais pas avant 60 ans, après la ménopause. Elle peut toucher des femmes plus jeunes, même lors d'une grossesse, il faut être alors très vigilant. La maladie touche essentiellement les pays développés. C'est ainsi qu'elle apparaît dans des pays où elle était peu connue au fur et à mesure que ces pays augmentent leur niveau de vie. On le voit, une alimentation trop riche est souvent en cause, d'où ce surnom parfois de «'maladie de pays riche'».

Quel type de crise ?
Elle survient de façon totalement inopinée, mais la traîtresse attaque souvent la nuit. La douleur est très intense et le gros orteil reste la cible n°1. Surtout n'attendez pas, car comme toujours, plus la maladie est traitée tôt plus la guérison est rapide. Il faut savoir en effet que la crise de goutte peut guérir d'elle-même, mais comme le traitement n'a pas fait effet, vous risquez des crises de plus en plus douloureuses et dommageables pour vos articulations. De plus, la goutte peut aussi devenir une maladie chronique.

Les traitements
Les traitements permettent de faire disparaître les symptômes et la douleur sous 3 à 10 jours. A noter que plus de la moitié de ces personnes auront une nouvelle crise dans l'année qui suit. Le traitement consiste généralement en de la colchicine, des anti-inflammatoires non stéroïdiens, complétés parfois par une injection de cortisone afin de soulager rapidement l'inflammation. Les stéroïdiens sont utilisés pour mettre fin à une douleur trop importante. Une fois la crise passée, le médecin fera vérifier votre taux d'acide urique afin de valider la stabilisation. En cas de récidive ou de chronicité de la maladie, un traitement à long terme est utilisé, qu'il ne faut pas interrompre, au risque de voir réapparaître une crise. Ce traitement doit être accompagné de changements alimentaires.
Sachez que neuf gènes de susceptibilité viennent d'être identifiés et, pour la première fois depuis plus de quarante ans, un nouveau médicament arrive sur le marché. D'autres molécules sont à l'étude. Le marché est donc très porteur, preuve que l'on n'a pas fini d'entendre parler de cette maladie historique. ?