Association des Patients Sclérodermiques de Belgique Téléphone: +32 (0) 69 77 70 19 Email: info@sclerodermie.be

N'oubliez pas votre visite chez le dentiste ! 

(www.ml.be).

Le 1er juillet 2016, le trajet de soins buccaux a Ă©tĂ© lancĂ©. Le trajet de soins buccaux implique qu'en tant que patient, vous devez payer une plus grande partie de la facture si vous n'ĂŞtes pas passĂ© chez le dentiste l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Il vaut pour toutes les personnes de plus de 18 ans.Vous avez droit Ă  l'intervention majorĂ©e ? Dans ce cas, le trajet de soins buccaux  commencera plus tard  pour vous. La  date   cible   pour   les  personnes bĂ©nĂ©ficiaires de  l'intervention majorĂ©e     est  le  1er janvier    2017.   Sur  l'e-Guichet, vous   pouvez    vĂ©rifier    la  date   de  votre   dernière    consultation chez le dentiste ; connectez-vous Ă  l'e-Guichet et consultez les donnĂ©es dans la rubrique «  Mon passeport santĂ©"

 choix embarassant !

Remplacer une (ou plusieurs) dent(s) ?

Vous aurez l'embarras du choix si vous envisagez de faire remplacer une ou plusieurs de vos dents. Mais quelle est la diffĂ©rence entre une prothèse stellite (alliage de cobalt ' de 50 Ă  65 % - , de chrome, de tungstène et de carbone, utilisĂ© pour sa rĂ©sistance Ă  l'usure et sa tenue au chaud), une prothèse complète, un bridge ou une couronne ? 

La prothèse stellite

     

Quand ?

Il vous manque quelques dents. C'est pourquoi la prothèse stellite est aussi appelée prothèse partielle

          

 Comment ?

Les dents sont fixĂ©es sur une structure en chrome cobalt ou en titane accrochĂ©e aux autres dents Ă  l'aide de petits crochets et de pivots  rĂ©alisĂ©s sur mesure.

   

Avantages ?

Le dentiste ne doit effectuer aucune intervention chirurgicale. Les dents restantes supportent la pression nécessaire à la mastication.

Prothèse stellite

          

Inconvénients ?

La plaque dentaire, et dès lors aussi les bactéries, peuvent se glisser sous les points d'ancrage de la prothèse stellite. Pour éviter les caries, un seul mot d'ordre : bien vous brosser les dents !

* Les dents de support doivent être suffisamment solides pour porter la prothèse stellite.

* Placer un plombage ou une couronne sous une prothèse stellite est tout sauf facile.

* La prothèse pourrait devenir inutilisable si une seule des dents de support tombe.

* Selon les dents qui doivent être remplacées, les petits crochets sont parfois visibles, ce qui n'est pas vraiment esthétique.

La prothèse complète

          

Quand ?

Vous n'avez plus aucune dent

          

Comment ?

La prothèse complète ou dentier est directement placée dans votre bouche. Elle ne nécessite pas d'utiliser les racines de vos propres dents.

          

Avantages ?

Comme dans le cas de la prothèse stellite, vous pouvez retirer votre dentier à tout moment de la journée. C'est plus confortable la nuit.

* Comme l'appareil est amovible, vous pouvez le nettoyer plus facilement.

* Le traitement est rapide et les soins ne durent que quelques semaines chez le dentiste.

* Il n'y a pas d'intervention chirurgicale.

          

Inconvénients ?

Comme la prothèse n'est supportée que par la gencive, la force de mastication est moins importante que dans le cas des vraies dents.

* Il est possible que la prothèse ne tienne pas bien en place dans la bouche

* Passer de sa propre dentition à une prothèse complète demande une certaine adaptation (par exemple) pour parler et mâcher.

* Vous devez brosser votre appareil dentaire après chaque repas à l'aide d'une brosse à dents (sans dentifrice) et le nettoyer tous les jours à l'aide d'une tablette effervescente spéciale.

* La taille du maxillaire se réduit sous l'effet de la pression de mastication si bien qu'après un certain temps vous devrez faire adapter la forme de votre appareil.

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La prothèse complète.

La couronne

   

Quand ?

Une de vos dents est tellement endommagée qu'elle ne peut supporter aucun plombage et qu'elle risque de se casser. Le dentiste peut aussi placer une couronne sur une dent dont il faut corriger la position ou qu'il est impossible de blanchir parce qu'elle est trop colorée. S'il faut remplacer plusieurs dents, le dentiste vous proposera un bridge. Le bridge est formé de deux ou plusieurs couronnes et s'appuie sur les dents voisines meulées (dents piliers). .

          

Comment ?

Pour faire de la place à la couronne, la dent (ou le chicot) doit être meulée jusqu'à l'obtention d'une sorte de pivot sur lequel sera placée et cimentée la couronne ou le bridge. Dans le cas du bridge, les dents voisines de la (les) dent(s) manquante(s) doivent aussi être meulées.

          

Avantages ?

Aucune intervention chirurgicale n'est nécessaire ; les soins ne durent que quelques semaines.

          

La couronne.

          

Inconvénients ?

Le dentiste doit meuler la(les) dent(s) pour pouvoir la (les) recouvrir de la couronne ou du bridge, ce qui est un véritable travail de précision.


Prix : Entre 500 et 800 € par couronne.

L'implant

          

Quand ?

S'il faut remplacer une ou plusieurs dents ou l'entièreté de la mâchoire supérieure et/ou inférieure et qu'il n'y a plus de dents naturelles. .

          

Comment ?

A la place d'une dent manquante, le dentiste fixe dans l'os de la mâchoire une vis en titane qui sert alors de racine dentaire. Il la recouvre d'une couronne. Contrairement aux prothèses, les implants ne sont pas amovibles.

          

Avantage ?

Les dents voisines ne doivent pas être meulées ce qui est le cas avec les autres options.

          

Inconvénients ?

Les personnes qui souffrent d'ostéoporose sévère ou n'ont pas une mâchoire suffisamment développée ne peuvent pas bénéficier d'implants.

* Chez les fumeurs, les implants ne tiennent pas bien en place.

* Le placement d'implants exige des soins plus longs.

* C'est une solution chère.

* Grincer des dents peut endommager ou détacher les implants.

* Les implants exigent une bonne hygiène dentaire. Des bactéries peuvent en effet se glisser entre la vis et la couronne

          

          

Le saviez-vous ?

Les dents artificielles sont fabriquées par un technicien dentaire. Attention, un technicien dentaire n'est pas un dentiste, il fabrique les prothèses dentaires, les couronnes et les implants sur la base des empreintes de la dentition du patient réalisées par le dentiste.

« Demandez à votre dentiste quelle option vous convient le mieux »

Assistant en soins bucco-dentaires : un nouveau métier à venir ?

Une bonne hygiène buccale est essentielle dans la prĂ©vention des inflammations de la bouche. De plus en plus, la prĂ©vention est nĂ©cessaire, que ce soit dans le cabinet du dentiste ou pour les patients institutionnalisĂ©s (personnes âgĂ©es et/ou handicapĂ©es). Le dentiste  pourrait  ĂŞtre  utilement  aidĂ©  dans  cette  tâche  par  un  assistant  en  soins  bucco-dentaires.   Celui-ci   constitue   aussi   un   soutien   nĂ©cessaire   des   cabinets   de   groupe.


Dites stop Ă  l'embarras !

Les remèdes contre la mauvaise haleine

Le Dr Charles Micheau, de l'Association dentaire française, fait le point sur lescauses de ce désagrément fréquent et souvent vécu comme un tabou

Avoir une haleine désagréable au réveil, cela arrive à tout le monde. Et c'est normal. Pendant le sommeil, la bouche est au repos, on ne mastique pas, ne parle pas et il y a une réduction de la sécrétion de salive : cela provoque ce phénomène. Il disparaît après le petit déjeuner et le brossage des dents. Et vous pouvez le réduire en vous hydratant au coucher. En revanche, une mauvaise haleine (ou halitose) quasi permanente ou qui revient vite après un brossage est un vrai problème. Elle est courante : selon les études, elle concerne un quart à la moitié d'entre nous ! La plupart du temps on ne s'en rend pas compte soi-même, ou on finit par s'y habituer. Et il n'existe aucun moyen de se « tester» efficacement pour vérifier. Par conséquent, faites confiance aux remarques devotre entourage. Ou au moindre doute, posez-lui la question. Car il y a heureusement des moyens de lutter avec efficacité.

Annick Beaucousin

Une visite chez le dentiste !

Elle peut être due tout simplement à une hygiène dentaire insuffisante.

  • Mais vous pouvez avoir aussi un souci de gencives : souvent, elles se rĂ©tractent,de petites poches se forment entre elles et les dents, et des bactĂ©ries y prolifèrent; cette infection qui peut atteindre les tissus de soutien des dents est une cause très frĂ©quente d'halitose.
  • Dans d'autres cas, le dentiste dĂ©couvrira une carie, lĂ©sion dans laquelle s'accumulent aussi des bactĂ©ries ; ou encore une couronne ou un bridge qui ont vieilli et sous lesquels des dĂ©bris alimentaires finissent par se loger.
  • Dans toutes ces circonstances, de nombreuses bactĂ©ries envahissent la bouche et elles dĂ©gagent des composĂ©s malodorants. De plus, la surface de la langue fait alors office d'un vĂ©ritable tapis-brosse : les bactĂ©ries s'y accumulent aussi, formant un dĂ©pĂ´t blanchâtre dessus. Cet« enduit » stagnant produit des gaz et est Ă©galement impliquĂ© dans votre mauvaise haleine.
  • Le dentiste fera un dĂ©tartrage, un nettoyage sous les gencives, traitera une carie, proposera Ă©ventuellement une chirurgie gingivale ou de changer une prothèse usagĂ©e. A vous ensuite d'adopter une hygiène parfaite.

Parfois, la cause est ailleurs

La mauvaise haleine n'est pas toujours d'origine buccale. C'est plus rare mais possible. Votre dentiste saura alors vous orienter vers un médecin en fonction de la cause suspectée.

  • DiffĂ©rentes affections peuvent favoriser la prĂ©sence de gaz malodorants dans l'air expirĂ© par la bouche. Votre halitose peut avoir une origine ORL : par exemple, sinusite chronique, infection et inflammation des amygdales ; ou provenir d'une affection digestive, comme un reflux gastro-oesophagien (frĂ©quent dans une sclĂ©rodermie), un ulcère de l'estomac , ou d'une maladie gĂ©nĂ©rale comme un diabète.
  • Dans d'autres cas, une sĂ©cheresse de la bouche est responsable. Elle peut ĂŞtre due Ă  la prise d'un traitement (quelques 300 mĂ©dicaments ont cet effet secondaire),Ă  une radiothĂ©rapie pour cancer ORL qui atteint les glandes salivaires, Ă  une maladie auto-immune dite syndrome de Gougerot Sjögren (qui provoque aussi un manque de larmes). Ce syndrome peut-ĂŞtre primaire ou secondaire Ă  une sclĂ©rodermie. Parfois mĂŞme, un stress persistant bloque le fonctionnement des canaux qui libèrent la salive. D'une façon gĂ©nĂ©rale, bien s'hydrater avec de l'eau amĂ©liore l'haleine.Que vous ayez eu ou non des soucis en bouche, une hygiène dentaire stricte est capitale pour Ă©liminer les bactĂ©ries qui libèrent des composĂ©s odorants..
          

     

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* Optez de préférence pour une brosse électrique. C'est prouvé, elle assure un brossage plus efficace que la manuelle : elle retire un quart de plaque dentaire en plus.Cela sans être agressive pour les gencives ou les dents (si on appuie trop fort, elle se bloque).

* Attention au temps de brossage : il est en moyenne de 56 secondes, parfois de 30secondes... Or, il doit durer 2 minutes, matin et soir !

* Ne zappez pas les gestes complémentaires. Une brosse ne pénètre pas ou très peu dans les espaces entre les dents. Donc ceux-ci peuvent être colonisés par des bactéries et des débris alimentaires : il faut les nettoyer avec une brossette ou du fil dentaire une à deux fois par jour. L'idéal est de passer ces instruments avant le brossage et non après. Ainsi, ensuite, le dentifrice peut bien agir partout !

* Si vous avez un dépôt blanchâtre sur la langue, éliminez-le avec un gratte-langue(en pharmacie) en partant du fond de la bouche.

* Enfin, les bains de bouche sont utiles.Utilisez ceux à base de fluorure d'amine et d'huiles essentielles (Listerine) qui ont démontré leur action sur les bactéries et peuvent être employés au quotidien. Mais un bain de bouche n'est efficace qu'après nettoyage inter-dentaire et brossage, et à condition de le garder trente secondes en bouche, le temps que les molécules agissent!

          

          

         

.L'emploi du fil dentaire ou de la brossette (nettoyage entre les dents) est recommandé

          

Il est nécessaire de se brosser les dents deux fois par jour, avec une brosse électrique de préférence.

          


Quelque 300 médicaments sont une des causes de la sécheresse de la bouche

L'halitophobie, ça existe !

Sans trouble avéré, certaines personnes développent une peur d'avoir une mauvaise haleine. Une phobie qui se traduit par une hygiène extrême : brossage des dents à un rythme anormal ; emploi fréquent de produits « rafraîchissants » (chewing-gum, sprays...) Et aussi par cette attitude : on garde ses distances ou sa main devant la bouche. Le dentiste peut rassurer.


La bouche seche

Marlène Chavalier, Isabelle Prêcheur, Laboratoire Santé Buccale et Vieillissement

Faculté de Chirurgie Dentaire, Université Nice Sophia Antipolis

Les glandes salivaires

La salive est produite par trois paires de glandes salivaires principales : les glandes parotides, les glandes sous-maxillaires et les glandes sublinguales. Ces glandes produisent une salive fluide, environ 0,7 litre Ă  1 litre de salive par jour et principalement au moment des repas. Ces glandes sont relativement peu touchĂ©es dans les syndromes secs, au moins au dĂ©but de la maladie. 

La bouche contient aussi environ 500 petites glandes salivaires accessoires, réparties directement sous la muqueuse des joues, du rebord interne des lèvres et du palais mou. Leur nombre diminue avec l'âge. Ces petites glandes salivaires produisent une salive plus visqueuse, qui assure l'essentiel du confort de la bouche en dehors des repas, notamment pour déglutir et pour parler. C'est l'atteinte de ces petites glandes accessoires qui est responsable des signes d'inconfort et des douleurs dans les syndromes secs.

Composition de la salive

La salive est constituée à 99 % d'eau. Elle contient aussi des ions positifs (sodium, potassium, calcium, magnésium...), des ions négatifs (chlore, bicarbonate, phosphate, thiocyanate...), de l'urée, des glucides (citrate, lactate...), des lipides (cholestérol...) et des protéines (anticorps, enzymes, mucines...). Parmi les protéines, les anticorps et certaines enzymes (lysozyme...) assurent la défense de la bouche contre les microbes des caries et des candidoses ; ils stimulent la cicatrisation des muqueuses. D'autres enzymes assurent les premières étapes de la digestion, pendant la mastication des aliments (amylase, lipases...). Les mucines sont les protéines de structure de la salive : elles ont des chaînes sucrées qui fixent les molécules d'eau comme des éponges et assurent l'hydratation des muqueuses buccales.

Il y a aussi un grand nombre de bactĂ©ries dans la salive, qui contribuent Ă  sa texture. Les glycoprotĂ©ines de la salive et des bactĂ©ries assurent les propriĂ©tĂ©s visco-Ă©lastiques et lubrifiantes de la salive. 

Acidité de la salive, pouvoir tampon et risque de caries

La salive peut ĂŞtre rendue acide par l'alimentation, soit directement si les aliments sont acides (fruits, sodas...) soit par la transformation des sucres en acides par les bactĂ©ries de la plaque dentaire (bonbons, boissons sucrĂ©es...). Plusieurs composĂ©s de la salive (système acide carbonique / bicarbonate, phosphate, urĂ©e) jouent le rĂ´le de tampon chimique pour neutraliser cette aciditĂ©. Le rĂ´le de ces tampons est important, car les acides solubilisent l'Ă©mail des dents et la dentine, ce qui favorise les caries. Le calcium salivaire est important lui aussi pour reminĂ©raliser les dents attaquĂ©es par les acides. C'est pour cette raison que les personnes souffrant de sĂ©cheresse buccale, ayant moins la capacitĂ© de neutraliser les acides et de recalcifier les dents, ont un risque augmentĂ© de caries dentaires. 

Sur ce modèle de la composition de la salive, les correcteurs des hyposialies ou «salives artificielles» contiennent de l'eau et des ions salivaires. Par exemple, Artisial® contient du chlorure de sodium, du chlorure de potassium, du chlorure de calcium, du chlorure de magnésium, du phosphate dipotassique et du phosphate monopotassique. Certaines gammes de soins contre la sécheresse buccale contiennent des protéines du lait ou de l'oeuf, par exemple (anticorps, lysozyme'), ou des glucides complexes pour fixer l'eau.

Mais aucune salive artificielle ne peut remplacer l'intégralité des composants de la salive « native » produite par les glandes salivaires, et encore moins la salive « mature » en bouche qui contient physiologiquement des bactéries nécessaires à l'hydratation des muqueuses orales.

Au total, la salive est un fluide multifonctionnel qui protège les dents et les muqueuses buccales, assure les premières étapes de la digestion des aliments, assure le confort et 'hydratation des muqueuses et permet les mouvements de la langue et des lèvres au cours de la déglutition, de la mastication et de la parole.

La stimulation de la sécrétion salivaire

De même que la salive a beaucoup de fonctions, elle peut être stimulée de multiples façons.

Les voies nerveuses ascendantes conduisent les stimulus externes vers le cerveau. Ainsi, la vue, l'odeur et le bruit des aliments (bruits de casseroles ou de couverts par exemple) peuvent stimuler la sécrétion de salive. De même, la position et les mouvements de la mandibule ainsi qu'un contact sur les muqueuses orales font saliver (avoir un noyau dans la bouche, mastiquer du chewing-gum, sucer une pastille). Le chaud, le froid, le piquant, l'astringent, les bulles, le salé, l'acide, l'amer, le sucré et les arômes font aussi saliver, en stimulant des voies nerveuses qui partent des bourgeons du goût situés sur la langue et qui montent vers le cerveau. Enfin, des douleurs dans la bouche ou des sensations viscérales profondes comme la faim, la soif et les nausées font aussi saliver.

Au niveau du cerveau, la mĂ©moire et la simple pensĂ©e de certains aliments peuvent faire saliver. Mais la salivation est un rĂ©flexe : elle ne peut pas ĂŞtre volontairement stimulĂ©e ou inhibĂ©e par la pensĂ©e. 

Que le stimulus soit externe ou vienne de la mémoire, la commande de saliver part du cerveau, utilise des voies nerveuses descendantes et va stimuler les cellules sécrétrices de salive, regroupées dans les glandes salivaires principales et accessoires au niveau de la bouche. La pilocarpine est une molécule extraite des feuilles d'un arbuste, le Pilocarpus, qui stimule les cellules sécrétrices (sueur, salive, larmes). L'anéthol-trithione est une molécule présente notamment dans l'aneth, l'anis et le persil, qui stimule la contraction des canaux excréteurs de salive.

SĂ©cheresse buccale : destruction ou inhibition des cellules salivaires

Dans la maladie de Gougerot Sjögren et dans les syndromes secs d'origine auto-immune, il y a une destruction progressive des cellules sĂ©crĂ©trices salivaires. Les cellules qui ont disparu ne peuvent plus ĂŞtre stimulĂ©es : le traitement repose essentiellement sur des substituts salivaires et la stimulation des cellules rĂ©siduelles. Il en est de mĂŞme lorsque les cellules sont dĂ©truites par la radiothĂ©rapie, lors des cancers de la tĂŞte et du cou. 

Par contre, la majorité des sécheresses buccales est due à la prise de certains médicaments qui inhibent la sécrétion salivaire, sans détruire les cellules qui sécrètent la salive. La sécheresse buccale est alors réversible à l'arrêt du traitement, à condition que le médicament puisse être supprimé. Parfois, il est possible de réduire le dosage ou de changer de médicament pour améliorer la production de salive. D'autre part, il existe un risque de sécheresse buccale dès qu'un malade prend 4 ou 5 médicaments différents par jour, quels que soient ces médicaments. Il faut donc essayer de réduire les quantités de médicaments pour lutter contre la sécheresse buccale.

Les deux états de la salive : salive résiduelle et biofilm oral

Dans la bouche, la salive a deux Ă©tats, «liquide» et «solide». L'Ă©tat «liquide», c'est la salive que l'on peut dĂ©placer dans la bouche avec la langue. Le volume de salive rĂ©siduelle entre deux dĂ©glutitions est normalement d'environ 1 ml, mais les personnes souffrant de sĂ©cheresse buccale en ont beaucoup moins. Il y a 105 bactĂ©ries / ml en suspension dans la salive, invisibles Ă  l'oeil nu, mais nĂ©cessaires au bon fonctionnement de la salive. C'est pour cette raison que les salives artificielles, composĂ©es uniquement d'eau et d'ions, n'apportent pas le confort de la salive naturelle. C'est aussi pour cette raison que, hors de la bouche, la salive devient très rapidement malodorante. Cela constitue un handicap pour certains malades qui bavent, soit parce qu'ils salivent trop (certains mĂ©dicaments par exemple), soit parce qu'ils n'arrivent pas Ă  dĂ©glutir (troubles neurologiques ou mĂ©dicaments). L'Ă©tat «solide», c'est le biofilm oral qui tapisse toutes les surfaces de la bouche. Il s'agit d'un mĂ©lange complexe de bactĂ©ries, de salive, de cellules desquamĂ©es de la muqueuse, de sucres et d'acides alimentaires... Sur les dents et les prothèses, le biofilm s'appelle la plaque dentaire et contient 109 bactĂ©ries / g de plaque. Le biofilm est très adhĂ©rent Ă  son support et n'est pas Ă©liminĂ© lors de la dĂ©glutition. Il donne une sensation de confort et d'hydratation des muqueuses orales et permet les mouvements de la mandibule, des lèvres, de la langue et de la luette. Le biofilm sain contient des espèces bactĂ©riennes compatibles avec la santĂ© orale et qu'il faut prĂ©server, par exemple Streptococcus salivarius.

La fragilité du biofilm oral dans une bouche sèche

En cas de sécheresse buccale, le biofilm est moins hydraté, moins élastique. Il se comporte comme une membrane semi-perméable : il ne peut être réhydraté que par dessous, par la salive des glandes salivaires accessoires. Il est mal réhydraté par l'extérieur et l'eau de boisson «glisse à sa surface» sans le réhydrater. C'est pour cela que pour soulager une bouche sèche, il est conseillé de garder une gorgée d'eau dans la bouche pendant plusieurs minutes, mais sans l'avaler pour ne pas trop solliciter la vessie. C'est l'un des petits moyens les plus efficaces pour soulager la bouche sèche, à renouveler cinq à dix fois par jour.

De plus, en cas de sĂ©cheresse buccale, le biofilm est souvent colonisĂ© par des champignons microscopiques du genre Candida et par d'autres espèces bactĂ©riennes comme les Fusobacterium. Le biofilm peut alors devenir visible Ă  l'oeil nu, formant un dĂ©pĂ´t blanchâtre Ă  la surface des dents, des gencives, de la langue et des prothèses dentaires. Dans certains cas, les Candida prolifèrent, la muqueuse devient douloureuse : il s'agit d'une candidose orale. 

Enfin, le biofilm est très sensible à l'effet antimicrobien des bains de bouche antiseptiques et de certains médicaments, lorsqu'ils sont écrasés dans les aliments. Cette situation est fréquente chez les personnes qui ont des troubles de la déglutition : les comprimés sont écrasés et les gélules ouvertes, mélangés aux aliments et mis en contact direct avec le biofilm oral. Le paracétamol, par exemple, présente dans ces conditions des propriétés antibactériennes.

Les signes cliniques de la sĂ©cheresse buccale 

Les troubles salivaires provoquent souvent une sensation de soif, des douleurs et une sĂ©cheresse de la bouche et des lèvres, avec des ulcĂ©rations au coin des lèvres appelĂ©es perlèche. Il y a souvent une intolĂ©rance aux prothèses dentaires amovibles. La gĂŞne occasionnĂ©e peut entraĂ®ner des difficultĂ©s Ă  parler, manger et dĂ©glutir (fausses routes). Les deux principaux facteurs de risque de dĂ©nutrition sont la diminution du coefficient masticatoire (perte de dents antagonistes fonctionnelles) et les troubles de la dĂ©glutition, ces deux paramètres Ă©tant significativement liĂ©s aux troubles salivaires, Ă  la dĂ©pression et aux troubles du langage. La sĂ©cheresse buccale entraĂ®ne Ă©galement une diminution ou des altĂ©rations de la perception du goĂ»t. 

Par ailleurs, les personnes ayant des troubles salivaires sont plus souvent atteintes de candidoses orales et d'infection bucco-dentaires (caries, parodontites). Ces personnes sont donc plus souvent porteuses de foyers infectieux buccaux. Ce qui augmente le risque d'infection à distance, en particulier les pneumonies d'inhalation chez les personnes qui font des fausses routes lors de la déglutition.

Bouche sèche : traiter, soulager?  

La salive : ne pas bloquer, stimuler, remplacer 

Pour soulager la sécheresse buccale, il faut essayer de ne pas bloquer la sécrétion de salive par des médicaments. Certaines familles de médicaments anxiolytiques ou antidépresseurs, par exemple, sont souvent responsables de sécheresse buccale. De plus, le risque de sécheresse buccale augmente dès qu'un malade prend plus de 4 ou 5 médicaments / jour.

Il est possible de stimuler la sécrétion de salive en mangeant une alimentation diversifiée : il n'y a aucun interdit alimentaire mais chaque malade est unique dans ses choix et ses préférences alimentaires. Pour stimuler la salivation, il faut essayer de stimuler l'olfaction, la vue et l'ouïe au cours des repas et accorder de l'importance aux aliments de texture solide pour croquer et mastiquer. Tant que cela reste possible, il faut mâcher des chewing-gums et sucer des bonbons sans sucre ; manger chaud (poivre et piment autorisés tant qu'ils sont supportés) ; boire frais, manger des glaces, sucer des petits glaçons, manger des aliments mentholés ; manger des crudités, des légumes et des fruits (légère acidité) ; boire de l'eau pétillante et des sodas sans sucre ; penser à saler parfois avec un grain de gros sel ou manger du beurre avec des cristaux de sel ; boire et manger des produits amers (tonic, confiture d'orange amère...) et favoriser les produits naturellement riches en arômes (fruits et légumes bien mûrs, fromages, etc.).

Il existe actuellement en France deux médicaments proposés pour stimuler la sécrétion salivaire : la pilocarpine (Salagen ®) et l'anétholtrithione (Sulfarlem S25 ®, remboursable). Malheureusement, aucun des deux n'est sûr et efficace chez tous les patients, et la recherche individuelle de petits moyens reste pour l'instant indispensable pour soulager la sécheresse buccale.

Enfin, pour tenter de remplacer la salive, il existe des salives artificielles sous forme de sprays d'électrolytes remboursables (Artisial®...) ou encore des gammes associant gels, dentifrices, bains de bouches et autres, avec des formulations plus complexes et non remboursables (Biotène®, Bioxtra®, Orajel®, Buccotherm®, Oasis®, Novasial®'). Un des moyens les plus utilisés est de garder une gorgée d'eau quelques minutes en bouche ou de sucer des petits glaçons. Le coût est nul et en recrachant l'eau sans l'avaler, il n'y a aucun effet indésirable.

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Le biofilm oral : ne pas le détruire

Pour ne pas déséquilibrer le biofilm oral, il faut d'abord éviter les bains de bouche antiseptiques contenant par exemple des ammoniums quaternaires (chlorhexidine, hexétidine), de l'alcool, des huiles essentielles antiseptiques (de romarin, de thym, d'eucalyptus...). Il ne faut pas non plus utiliser en produit d'hygiène courante les bains de bouche contenant du bicarbonate, qui peut lui aussi déséquilibrer le biofilm bactérien oral.

De plus, les personnes souffrant de troubles de la déglutition sont obligées d'écraser les médicaments pour pouvoir les avaler. Ces médicaments écrasés sont au contact direct du biofilm oral : certains peuvent le détruire et contribuer à aggraver la sécheresse buccale.

Pour protéger le biofilm oral, un spray huileux contenant des triacylglycérols (proches de l'huile de ricin) est proposé en cas de sécheresse buccale (Aequasyal®, remboursable). Mais il arrive que les patients ne le tolèrent pas sur la durée.

Enfin, la bouche sèche se complique souvent d'une sĂ©cheresse des lèvres avec le tic de passer la langue sur les lèvres  pour les hydrater. Ce tic fait perdre une salive dĂ©jĂ  rare. Pour limiter les pertes de salive, il est recommandĂ© d'utiliser une pommade vaselinĂ©e non assĂ©chante sur les lèvres (vaseline officinale, HomĂ©oplasmine®). 

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Candidoses orales : hygiène des prothèses et antifongiques

Les candidoses orales, aiguës ou chroniques, sont fréquentes chez les personnes souffrant de sécheresse buccale. Elles relèvent d'un traitement médicamenteux prescrit par un médecin ou un chirurgien-dentiste. La perlèche se traduit par des fissures et des ulcérations au coin des lèvres qui peuvent être traitées par l'association de deux antimicrobiens en pommade (acide fusidique et éconazole). Les autres formes de candidoses relèvent d'un traitement antifongique en suspension buvable (fungizone (Amphotéricine B®), nystatine (Mycostatine®)) ou plus rarement par voie générale.

Dans tous les cas de candidose orale, il faut arrêter des bains de bouche antiseptiques, décontaminer les prothèses et ne pas les porter, au moins la nuit. Les dents cariées non soignées et le tartre constituent des réservoirs de Candida. Le traitement des candidoses orales repose aussi sur l'hygiène orale et les soins dentaires.

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Hygiène orale et prévention des caries dentaires

Pour prévenir et soigner les caries dentaires, il faut respecter les règles habituelles d'hygiène orale, mais aller plus souvent, au moins deux fois par an, consulter son chirurgien-dentiste. Les personnes souffrant de sécheresse buccale devront particulièrement éviter les grignotages sucrés et les sodas sucrés. Le brossage des dents nécessite une brosse à dents manuelle ou électrique, souple, avec un dentifrice fluoré. Les patients souffrant de sécheresse buccale sévère qui ne supportent plus les dentifrices mentholés peuvent utiliser des dentifrices homéopathiques, qui donnent une sensation beaucoup plus douce en bouche.

 L'hygiène des prothèses dentaires

Il est très important de nettoyer les prothèses dentaires amovibles au moins une fois par jour et si possible après chaque repas. Après le nettoyage du soir il faut les retirer pour dormir, pour éviter la macération des muqueuses. Les prothèses doivent être nettoyées avec une brosse à prothèse ou une brosse à ongle réservée à cet usage, et du dentifrice ou du savon de Marseille sans colorant ni parfum, qui est très efficace et sans danger. Il faut bien rincer les prothèses à l'eau courante mais jamais les laisser tremper dans un verre d'eau, parce qu'il y aurait une pullulation microbienne dans l'eau. La nuit, il faut laisser les prothèses sécher, et le matin les passer sous l'eau avant de les remettre. Les comprimés effervescents ne remplacent pas le brossage manuel des prothèses.

Prévenir et lutter contre la dénutrition protéino-énergétique

La sécheresse buccale peut entraîner une perte du plaisir de manger, une diminution de l'appétit (anorexie) et une perte de poids. Le risque de dénutrition augmente en cas de stress ou d'hospitalisation. Inversement, la dénutrition entraîne une fonte de la masse musculaire et probablement des altérations quantitatives et qualitatives des protéines dans les sécrétions et la salive.

Il est plus facile de prévenir que de traiter une dénutrition installée et il ne faut pas hésiter à en parler à son médecin traitant. De plus, beaucoup de mutuelles prennent en charge une consultation par an avec un diététicien ou une diététicienne en libéral : c'est un atout à ne pas négliger. Sous contrôle médical, il est important d'enrichir l'alimentation en protéines et en énergie en cas de diminution de l'appétit ou de perte de poids involontaire. Médecin ou diététicien peuvent recommander d'enrichir l'alimentation en poudre de protéines (Protifar®...) ou avec des compléments nutritionnels liquides sous formes de boissons ou de crèmes (Délical®, Fortimel®, Clinutren®...). Les personnes qui tolèrent mal ces produits hyperprotéinés liquides, souvent lactés, peuvent leur préférer des compléments solides adaptés aux bouches fragiles et qui peuvent être trempés dans du thé, du café ou un jus de fruits (galettes Protibis®). Faire travailler la mastication permet aussi de lutter contre les troubles de la déglutition.

Au total, les principales complications médicales de la sécheresse buccale sont la douleur avec un retentissement psychologique et social, des maladies de la bouche, la dénutrition et les pneumonies en lien avec les fausses routes. Ces complications se surajoutent à toutes les autres manifestations des syndromes secs.

Conclusion

La sécheresse buccale provoque des altérations de la salive et du biofilm oral. Il n'existe aucun traitement vraiment satisfaisant, mais beaucoup de petits moyens à essayer au niveau de l'alimentation et de l'hygiène orale. Il faut aussi essayer d'identifier et d'éliminer des habitudes et des médicaments qui peuvent aggraver la situation.

* (D'après Protocole Oratis, étude préliminaire, 2014).

Isabelle Prêcheur est conseillère scientifique de Solidages